^

Des Indiens si gentils

18 Sep 04

Des Indiens si gentils

Permalink 21:02:32, Catégories: Sciences, International, 979 mots
blog/Des-Indiens-si-gentils.html

Vous connaissez les Indiens d'Amérique : des gens si gentils, tellement proches de la nature, et surtout n'ayant jamais massacré personne parce qu'arrivés les premiers (contrairement aux salauds d'hommes blancs). Un modèle pour nous tous ! Hélas, les découvertes scientifiques viennent de plus en plus détruire cette jolie image.

 

Déjà le mythe de "l'Indien-Pacifique-en-Harmonie-avec-la-Nature" avait du plomb dans l'aile. Par exemple Dave Geary écrivait en 1998 :

"Les découvertes suggèrent que toutes les tribus Indiennes des plaines étaient, à un plus ou moins haut degré, impliquées dans une large gamme d'activités guerrières … essentiellement des petites batailles, des raids, des razzias, c'est-à-dire des conflits qui étaient brefs et habituellement non décisifs" (Loy & Hesketh, 1995, p. 80). Chez les Sioux, et beaucoup d'autres tribus Indiennes, les activités des jeunes garçons étaient conçues pour encourager les agressions -- en face à face comme en groupe -- et l'endurance physique (Culin, 1902/1903; Hassrick, 1964).

Les jeux des Sioux consistaient fréquemment en des reproductions miniatures de situations de vie. Leur gamme allait de la variante la plus complexe du Jeu de Mocassin joué par les adultes aux Swing-Kicking brutaux joués par les jeunes enfants. Le Swing-Kicking s'était d'abord développé comme un moyen brutal d'assouplissement, et il n'y avait aucune simulation au jeu à cheval. Dans ce cas, deux rangées de garçons se faisaient face, chacun tenant sa robe sur son bras gauche. Le jeu ne pouvait commencer qu'après que la question suivante ait été posée "Devrons-nous les attraper par les cheveux et les coincer avec nos genoux sur leurs têtes jusqu'à ce qu'ils saignent ?" Alors, en utilisant leurs robes comme des boucliers, ils donnaient des coups de pieds à leurs opposants, s'efforçant de les renverser. Il semble qu'il n'y avait pas de règles, comme les garçons attaquaient quiconque était le plus proche, deux garçons s'attaquant souvent à un seul. Donner des coups de pieds derrière les genoux était un bon moyen de renverser un opposant, et une fois à terre ce dernier était attrappé aux tempes des deux mains et un genou était posé sur son visage. Une fois relâchée, la victime saignante recommençait à se battre, à donner des coups et à saigner, jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus.
(...)
Comme Iron Shell l'expliquait "certains garçons sont sérieusement blessés, mais après nous en parlons et en rions. Il est très rare que quelqu'un se mette en colère."
(...)
Le jeu de boue était un passe-temps de printemps un peu plus gentil, où des équipes de garçons s'attaquaient avec des balles de boue qu'elles lançaient du bout de batons courts et souples. Chaque garçon transportait plusieurs batons et un arsenal de boue comme il avançait. "Ca blesse certainement quand vous êtes touché, aussi vous devez à la fois vous courber et lancer pendant les attaques." Parfois des cendres chaudes étaient encastrées dans les balles de boue pour ajouter du piment au jeu. (Hassrick, 1964, pp. 127-130).

David C. GEARY : "Hommes, Femmes, l'évolution des différences sexuelles humaines" - 1998 - Trad. Française : De Boeck Université - 2003
Il restait du moins le mythe des Natives, des "primo-habitants", de ceux qui ont le droit de l'ancienneté sur la terre. C'est un mythe essentiel : il confère des droits particuliers aux Natives, comme la libre disposition de grands espaces, et le droit d'interférer dans certaines recherches scientifiques.

Interférer, c'est d'ailleurs ce que les Natives ont fait il y a quelques années quand un squelette vieux de 9 000 ans a été découvert : l'homme de Kennevick : plusieurs tribus ont demandé qu'il soit incinéré, selon leurs coutumes, avant que les scientifiques puissent étudier le squelette et prouver (ce qu'ils ont finalement pu faire, après plusieurs années de procédure) que cet homme n'était pas un ancêtre des natives, donc qu'il y avait eû quelqu'un avant eux sur le continent américain.

Et une autre nouvelle de ce type vient d'être publiée par une équipe de la Liverpool John Moores University (GB) menée par Sylvia Gonzalez : des crânes trouvés dans le Nouveau Mexique ont été non seulement datés jusqu'à -12 700 ans (ce qui en fait les plus anciens habitants des amériques) mais aussi reliés aux Australiens [1]. En d'autres termes, le passage par le Détroit de Béring, passage des Amérindiens actuels, aurait été précédé par une arrivée maritime, de l'Ouest... dont les descendants se seraient fait déposséder et/ou massacrer à l'arrivée des Indiens actuels... Fini le mythe du gentil Indien qui n'a jamais pris la terre de personne.

Et ce n'est pas tout : cette nouvelle découverte n'impacte pas seulement la perception que l'on peut avoir des Indiens, mais va aussi impacter leur vie quotidienne, au niveau de leurs droits. Joël Leblanc le résume très bien dans Cybersciences :
Cela signifierait que les ancêtres des Amérindiens n'ont pas été les premiers arrivants sur le continent et qu'au moins un peuple, et pourquoi pas plusieurs, les a devancés. Sachant qu'une telle confirmation pourrait mettre en péril certains droits ancestraux des autochtones, de belles querelles sont à prévoir...

L'Amérique découverte par des Aborigènes (09/09/2004 )


UPDATE (19 sept.) : Tex Willer sur Les Pères Fondateurs ajoute :
Les indiens en ont bien plus conscience que les "blancs" qui les "défendent" (les utilisent ?) :
Autrefois ces terres appartenaient aux Kiowas et aux Crows, mais nous les en avons chassés ; ainsi nous avons agi comme les Blancs quand ils veulent les terres des Indiens.
Black Hawk, un guerrier lakota cité in Welch (James), C'est un beau jour pour mourir. L'Amérique de Custer contre les indiens des plaines (1865-1890), Paris, 1999 [1994], p. 107.
L'auteur est Sioux.


NOTES :
  1. Voir : Cybersciences (FR), Nature (EN), recherche sur Google News (EN)

©Philippe Gouillou



Adresse de trackback pour cet article:

htsrv/trackback.php/107

Trackbacks, Pingbacks:

Cet article n'a pas de Trackbacks/Pingbacks pour le moment...



Evoweb

La société, sous l'angle évolutionniste.

La lecture préalable de Pourquoi les femmes des riches sont belles est requise, ou du moins une bonne connaissance générale du sujet : Axelrod, Buss, Dawkins, Geary, Hrdy...

De nombreux termes utilisés sont expliqués dans le Glossaire Evopsy.

Navigation

Twitter : evowebnet

Syndiquez ce blog

XML

Catégories

Archives