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Insécurité étatique

13 Avr 07

Insécurité étatique

Permalink 00:00:00, Catégories: International, France, 1451 mots
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[Mise à Jour Lundi 30 mai 2011 : voir après les Notes en fin d'article]

Les Français se plaignent de l'insécurité croissante, le Gouvernement les entend, le Gouvernement invente le concept d'insécurité routière et met des radars sur toutes les routes. Le Gouvernement a compris les Français, le Gouvernement a répondu à leurs attente. Le Gouvernement a aussi gagné plein d'argent, mais a-t-il réduit les accidents ?

Page 48 de "What It Means To Be A Libertarian: A Personal Interpretation", Charles Murray s'interroge sur l'efficacité étatique au XX° siècle et propose le graphique suivant :

Murray - Trendline 1


C'est ce qu'il appelle une trendline, la représentation de l'évolution d'un critère au cours du temps. Avant d'expliquer à quoi cette trendline particulière correspond, il remarque que sa forme se retrouve pour de très nombreux critères qui ont tous montré une baisse importante et quasi-continue au cours du siècle : la mortalité infantile par exemple. La question est : cette baisse séculaire, quasi-continue, est-elle due à l'intervention de l'état et des gouvernements, ou s'explique-t-elle par d'autres facteurs ?

Pour ce faire il propose un test très simple : si les régulations étatiques ont eu un impact sur le critère représenté, alors il sera facile de les situer sur la trendline, juste avant une variation nette dans le bon sens ; et s'il apparaît impossible de les situer, alors c'est que l'influence de l'état a été faible, peut-être nulle, et dans certains cas négative.

 

Le graphique ci-dessus correspond au nombre de morts pour 100 millions de miles sur la route. Le test est le suivant :

  1. Jusqu'en 1974, il n'y avait pas vraiment de réglementation de vitesse sur les autoroutes, date à laquelle elle a été fixée à 55 mph (88 km/h). Pouvez-vous situer cette date ?

  2. En 1987, le gouvernement a remonté la limitation de vitesse à 65 mph (104 km/h). Pouvez-vous situer cette date ?

Bien sûr, si l'action du gouvernement, si la limitation de vitesse a été efficace, alors la trendline devrait montrer, juste après 1974 (en prenant en compte l'inertie), une baisse plus forte. De même, selon la même hypothèse, la remontée de la limite devrait se montrer sur la trendline par un accroissement de la proportion de tués. Vous avez trouvé ?

Charles Murray donne la réponse page 53:

Murray - Trendline 2

la limitation de vitesse à 55 mph (1974) se situe au début d'un plateau de 6 ans, au cours duquel la proportion de tués par millions de miles n'a pas baissé. Et, il ne l'indique pas sur le graphique scanné mais le signale dans le texte, la remontée de la limitation, à 65 mph, en 1987, se retrouve sur le graphique au départ d'une nouvelle baisse, qui se poursuivait encore en 1993.

Ce qui signifie exactement que si les variations de limitation de vitesse ont eu un impact, alors celui-ci a été exactement opposé aux objectifs officiels : la limitation draconienne a augmenté le nombre de tués, et l'assouplissement de la limitation a permis de sauver des vies. En d'autres termes : si le gouvernement a eu un impact, alors celui-ci a été négatif, et des automobilistes en sont morts.

Est-ce toujours ainsi ? Dans son livre, Charles Murray cite de nombreux autres exemples, mais il remarque que la limitation de la vitesse sur autoroute est une des actions gouvernementales les plus acceptées aux USA, une de celles qui sont considérées comme ayant le plus évidemment produit un effet positif. Sur les autres où le doute est plus généralisé, qu'en est-il ?

A la fin du chapitre, Charles Murray synthétise :
"But the generic answer is this: Usually there is nothing to get along without. It is not that government intervention hasn't done as much good as people think, but that is has not made any perceptible change in the outcomes of life that matter. It is said that roosters think the sun rises because they crow. Politicians are much the same."

Charles MURRAY in "What it means to be a libertarian" p 56 (Emphasis in original text)

Pourquoi alors l'Etat intervient-il ? Pourquoi ne pas revenir à ce que Charles Murray défend, un Etat minimal, c'est-à-dire correspondant à ce que les philosophes du XVIII° siècle avaient défendu ?

Dans une semaine les Français iront voter pour un nouveau Président, pour un nouveau maître suprême qui imposera sa marque sur le pays. Tous les candidats sont étatistes : de l'extrême gauche à l'extrême droite, tous défendent plus de régulations, plus de contrôles, plus d'interdictions, plus d'Etat. Il y avait bien lors de la pré-campagne un candidat auto-défini "libéral", mais comme il n'a pas obtenu ses signatures il a su écouter les Français et s'est résolumment rallié à un candidat étatiste. C'est qu'être candidat à un tel niveau implique avoir passé avec succès un grand nombre d'épreuves très sélectives, il faut pour y parvenir avoir su démontrer au minimum que les idées mises en avant correspondent à celles d'un grand nombre de concitoyens. Ce n'est pas par hasard qu'il n'y a aucun libéral, c'est parce que c'est ce que les Français demandent.

Et ce n'est pas nouveau [2] : il y a deux ans, la Constitution Européenne liberticide n'a été refusée que parce qu'elle laissait encore trop de liberté individuelle pour une bonne part des votants (voir Citoyen Durable), il y a 10 ans Jacques Chirac avait été élu sur un programme d'intervention étatique contre la liberté individuelle (le "retour du politique"), et il y a plus d'un siècle :
« « La république est une dépouille », dit MONTESQUIEU. Quand on ne considère l’Etat que comme une dépouille, on ne le partage qu’entre amis. C’est tout naturel. Mais la raison de tout cela, c’est que l’Etat, trop centralisé, trop muni de places à donner et de faveurs à distribuer, trop fort, trop grand, trop riche, était précisément quelque chose qui valait la peine d’être conquis et d’être transformé en dépouille. L’Etat en France est la toison d’or. Il faudrait trop de vertu aux Français pour ne pas mettre le cap sur cette toison-là, surtout quand l’expédition ne demande ni grande science nautique, ni grand courage ».

Quel est l’auteur de ces lignes d’une lucidité et d’une actualité si grandes ? C’est Emile FAGUET, dans son ouvrage publié en 1902 « Le libéralisme », dans le dernier chapitre intitulé « Pourquoi les Français ne sont pas libéraux ».

Libres.org : "Il n'y a pas de libéraux en France"

Dans une semaine, les Français vont demander une nouvelle dictature, avec l'espoir d'être du bon côté, de celui qui reçoit, pas de celui qui donne. Qui que soit l'élu, il répondra à cette demande. Certains auront gagné, pourront bénéficier de lois en leur faveur, les autres attendront les prochaines élections, ou chercheront à survivre.

Et pendant ce temps, les émeutes vont se poursuivre dans les banlieues, de nouvelles églises et de nouvelles voitures vont brûler, les agressions vont se multiplier, les viols, les lapidations, tout ce qui correspond à ce que Ludovic Monnerat nomme une guerre de très basse intensité. Mais vont se multiplier aussi les panneaux de limitation à 70 km/h sur les 2x2 voies, pour abriter de nouveaux radars, et les gendarmes seront de plus en plus mobilisés à lutter contre l'insécurité routière.

Bien sûr, comme pour toute intervention étatique, les effets seront faibles, inconsistants, et peut-être négatifs. Mais ce n'est pas grave, les Français seront contents : ils auront été entendus.


NOTES :
  1. Rappel : la vitesse excessive est toujours la cause unique de la mortalité sur la route : si tout le monde était arrêté il n'y aurait pas d'accident (les suicides ne comptent pas).

  2. Ce n'est pas non plus uniquement français, mais bien occidental :


MISE A JOUR


Lundi 30 mai 2011 : La Ligue de Défense des Conducteurs a mis en ligne une pétition intitulée "4 vérités sur les radars" avec "Vérité n° 1 : la baisse de la mortalité routière est bien antérieure à la mise en place des radars" accompagnée du graphique suivant, qui ressemble extraordinairement à ceux de Charles Murray :

 

©Philippe Gouillou



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