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Evolutionnisme
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FRANCE : PROCTERISME POLITIQUE
D'après les commentaires sur la liste Douance, il semble que beaucoup de gens ont du mal à s'y retrouver dans les conflits politiques franco-français en cours. Voici un aide-mémoire simplifié pour les y aider. Les principes du système français :Le système politique français est un système éprouvé, qui a fait ses preuves. Hélas, le monde change tellement qu'il a fini par avoir un impact sur les rapports de force internes. Profondément inquiets, les politiciens doivent s'adapter s'ils veulent garder le pouvoir. La situation actuelle en France est la conséquence de ces tentatives. Le système français est basé sur les principes suivants :
Les principes des électeurs français :Comme nous l'avons noté, un système démocratique présente très vite l'inconvénient de faire dépendre sa position de pouvoir au bon vouloir de tout un tas de gens qui ne comprennent rien à la politique. Il faut donc manipuler ces gens, afin qu'ils votent du bon coté, c'est-à-dire le sien. Pour cela, il faut utiliser les outils qui marchent, et donc retourner aux préceptes Proctériens [1] de la publicité. De même qu'une ménagère s'implique dans son achat de lessive [2], un électeur ne votera pas pour des idées, mais pour afficher aux autres sa vision de sa place dans le monde. Chacun joue dans sa cour : l'électeur par son choix se positionne dans son entourage et augmente, ou restreint, ses chances dans la compétition sexuelle locale. Une personne plutôt pragmatique, qui a surtout envie que l'état ne soit pas une charge votera plutôt à droite et le fera savoir, à l'opposé d'une personne qui insiste à apparaître comme ouverte et généreuse, qui elle ne pourra que voter à gauche et l'afficher, quelle que soit son attitude par ailleurs. Et, de même qu'il n'y a pas que deux marques de lessive, il n'y a pas que deux partis politiques, un de droite et un de gauche. Bien sûr, de nombreux autres éléments rentrent en ligne de compte, dont certains peuvent paraître plus concrets, comme le fait que quelqu'un qui n'a aucune ambition mais veut vivre tranquillement dans son coin a tout intérêt à ce que la gauche soit au pouvoir, et à se trouver une place au sein du Comité d'Entreprise d'EDF [3].
Les principes de la segmentation politique en France :Jusqu'à très récemment, l'essentiel de l'offre politique en France pouvait se représenter sur une seule dimension : une droite (sens mathématique) allant de la gauche à la droite (sens politique). Nous avions aux extrémités des partis désirant la révolution (Parti Communiste et affiliés à gauche, Front National à droite), et d'autres plus ou moins centristes (de gauche à droite : Parti Socialiste, UDF, RPR). Cette unique dimension ne représentait bien sûr pas l'ensemble des politiques possibles, non plus qu'elle ne correspondait à la segmentation utilisée par les politiciens eux-mêmes (essayez de positionner François Mitterrand sur cette droite !). Mais elle était le moyen de communiquer avec le peuple. Et, de fait, des valeurs étaient associées à chaque point de cette ligne, comme par exemple que la droite serait plus liberté et la gauche plus égalité (la fraternité n'étant pas de mise en positionnement politique). La base du Proctérisme [1] est d'abord de segmenter la population. Il s'agit de trouver un ou des critères qui vont permettre de classifier les gens, et de savoir comment communiquer à telle ou telle classe. Une fois la segmentation effectuée, le chef marketing devra se définir une cible, et apprendre à lui commmuniquer, et même un coeur de cible pour être encore plus précis, donc plus efficace. Imposer cette classification, cette représentation du monde, est un acte de pouvoir extraordinaire. Une fois que les gens croient qu'ils appartiennent à tel groupe ou à tel autre, tous les programmes biologiques profonds du type Us/Them se mettront en action, et chacun essaiera de lui-même de correspondre aux règles de la classification : l'acheteuse d'Ariel essaiera de ressembler à la publicité. On comprend donc que l'essentiel du budget marketing des sociétés soit de découvrir quelles sont les segmentations qui sont pertinentes, c'est-à-dire qui sont assez proches de la réalité pour pouvoir être assez facilement imposées. La distinction droite-gauche était une de ces classifications, et sa force était d'obliger chacun à s'y positionner précisémment. De nombreux hommes politiques ont bien sûr essayé d'imposer d'autres classifications, mais aucun n'y a vraiment réussi. On peut citer JM Le Pen (Front National : FN), qui essayait de mettre tous les politiciens "dans le même sac", et de se présenter comme la seule alternative [4]. Ce qui fait la force d'un système binaire comme droite-gauche est qu'il fonctionne à des niveaux très profonds de la psychologie humaine : la classification binaire se retrouve partout, que ce soit dans le sexe, le genre, la distinction jour/nuit, etc. Dans les années 1950, une équipe de psychologues américains s'était profondément intéressés à ce système binaire : le Mental Research Institute (MRI, aussi connu sous le nom de Ecole de Palo Alto ou Collège invisible) dont le chercheur le plus célèbre était Paul Watzlawick [5]. Les chercheurs du MRI avaient remarqué que si une alternative s'inscrit toujours dans une autre alternative, imposer un niveau d'analyse est un moyen de pouvoir essentiel. Entre autres exemples, ils citaient le slogan Nazi "L'ordre National Socialiste ou le chaos bolchévique", sur lequel quelqu'un avait rajouté : "Des patates ou des pommes de terre". Comme ils le remarquaient, l'ajout de cette moquerie permet de mettre en évidence que le Nazisme et le Communisme ne sont en fait que deux totalitarismes qui se situent à un niveau équivalent, alors qu'il existe d'autres choix. Bien sûr, la politique interne tant chez les Nazis que chez les Communistes était d'interdire l'idée qu'une autre alternative, de niveau supérieur, existait : chacun se servait de la peur de l'autre système pour s'imposer, dans un jeu de deux qui est une preuve supplémentaire de leur correspondance. Le positionnement du FN était donc d'essayer d'imposer une alternative supérieure à celle droite-gauche. Face à cela, le jeu de la gauche était d'à la fois les soutenir dans cette tentative (en imposant l'idée d'une nouvelle alternative qui serait démocratie-fascisme, diabolisable), et de la nier (pour pouvoir y associer la droite, et faire perdre des voix à celle-ci, en pariant sur la mode de l'authenticité et des valeurs). Jeu subtil mais trop intelligent et donc dangereux, comme ils l'ont appris à leurs dépends le 21 avril 2002. Cet échec les a forcé à revenir vers un positionnement plus clair, c'est-à-dire à accepter la nouvelle alternative proposée par le FN et appeler à voter pour J. Chirac (depuis, la gauche ré-essaie le double-jeu, sans doute avec les mêmes conséquences prévisibles : diabolisez un sujet, et seuls les diables s'en occuperont). D'un certain point de vue, on peut donc considérer que la tentative du FN d'imposer une nouvelle alternative a réussie. Cependant, elle présente une caractéristique qui lui interdit (selon moi) tout avenir : elle est franco-française, alors que la mondialisation est à nos portes. Bien sûr, cette limite ne remet pas en cause en lui-même les chances du FN à l'horizon 2007, mais mon analyse est que leur éventuel succès (que beaucoup annoncent) proviendra d'autres segmentations.
Les nouvelles segmentations politiquesDe par l'influence de la mondialisation, la segmentation politique française d'origine (droite-gauche) n'a plus véritablement de puissance : trop de gens ne s'y positionnent plus, on ne peut plus les manipuler comme avant. Un chef marketing n'est jamais un Dieu tout puissant : quand la segmentation qu'il a réussi à trouver et imposer ne fonctionne plus, il ne peut que se replonger dans ses études, et en trouver une autre, plus pertinente. Le principal impact de la mondialisation sur la France se situe au niveau économique : écrasée par le fisc, la population ne peut plus suivre le rythme mondial, s'apauvrit, et nombreux sont ceux qui fuient à l'étranger, ré-enforçant de ce fait l'apauvrissement du pays, etc. La courbe de Laffer [6] et le slogan qui l'accompagne "Trop d'impôts tue l'impôt" décrivent parfaitement la situation économique française. Le problème est, bien sûr, que ce slogan a 30 ans, et qu'il est trop tard pour l'appliquer. Tout le monde ne veut cependant pas quitter la France, et beaucoup voudraient pouvoir faire évoluer, sauver le pays. Le choc du 21 avril aura eu comme effet non prévu de réveiller tout un courant de pensée politique, jusqu'alors quasi inconnu en France. Pour l'instant il ne s'exprime que sur Internet et dans quelques rares livres, mais c'est déjà un début. Il s'agit du libertarianisme sous ses deux formes anarcho-capitaliste et minarchiste. Comme le FN, ce mouvement se positionne en dehors de la segmentation droite-gauche traditionnelle, mais contrairement au FN, il propose une autre alternative, tellement dangereuse pour tous les politiciens que tous (y compris le FN) essaient de le combattre. Pour comprendre son impact, et essayer d'estimer ses chances, il faut revenir au marketing politique, c'est-à-dire aux critères de segmentation. La segmentation politique est devenue très difficile en France : l'influence des conflits mondiaux est telle que de nombreux critères de distinction, jusqu'alors négligeables, sont maintenant essentiels. En voici quelques-uns :
En synthétisant, nous pouvons retenir 3 axes, soit un espace à 3 dimensions :
avec globalement les positionnements suivants (dans chaque ligne : du plus vers le moins) :
Il y a bien sûr un axe évoqué que je n'ai pas intégré : le positionnement sur la guerre en Israël. Et bien, il n'y a que les libertariens qui soient majoritairement pro-Israël, et on les reconnait souvent à cette caractéristique sur les blogs. L'une des raisons en est bien sûr la peur du totalitarisme Islamique, actuellement en expansion. Dans les autres groupes politiques, les avis sont plus partagés, et s'il y a de nombreux débats, il n'existe pas vraiment de courant dominant, quoique l'anti-sémitisme semble à la mode.
Les problèmes ingérables d'une segmentation trop pointueDans un tel espace 3D, il est difficile pour un politicien de conserver le plan de carrière qu'il s'était fixé alors que la politique était à 1 dimension. Fondamentalement, une segmentation plus pointue (plus de critères, donc plus de groupes) se traduit automatiquement par une perte quantitative de cible. En marketing produit, cela peut être un avantage : une cible plus petite peut être mieux contrôlée, et une politique de marge peut y être rentable (voir le succès des marques de luxe, qui pourtant ne s'adressent qu'à une petite fraction de la population). En marketing politique de démocratie, il n'y a que la quantité qui compte ("Démocratie égale médiocratie" disait Flaubert) : la seule solution est de trouver de nouveaux électeurs. Il faut donc simplifier, c'est-à-dire essayer de rassembler les groupes. Pour le parti au pouvoir ce n'est pas trop dur : il suffit d'entretenir un éléctorat, c'est-à-dire de bien distribuer aux bonnes corporations. Pour l'opposition, c'est moins pratique. L'ancien parti au pouvoir (PS) ne s'est pas encore véritablement remis du choc des dernières présidentielles, et ne sait pas trop comment rebondir. Même la presse, pourtant très majoritairement favorable, est obligé de le concéder : "le PS n'a pas d'idée". Il ne faut pas analyser cette phrase comme un aveu de manque de projet gouvernemental : sortant directement du pouvoir, les socialistes savent très bien ce qu'ils feraient s'ils y retournaient. Le manque d'idée se situe au niveau de la stratégie pour retourner au pouvoir, c'est-à-dire de comment se positionner dans l'espace actuel, et comment faire pour imposer une segmentation simplifiée, plus favorable. Le problème principal est que la segmentation la plus facile à imposer leur est totalement défavorable : elle serait de distinguer les grands partis (PS et UMP) de tous les autres. Ils se retrouveraient alors dans le même jeu (toutes proportions gardées : nous ne parlons pas ici de systèmes génocidaires) que les Fascistes et les Communistes : patates ou pommes de terre. En attendant l'idée brillante, la stratégie qui semble avoir été choisie est de poursuivre ce qui se faisait déjà depuis quelques décennies, à savoir la création de courants. La ménagère qui achète Ariel peut se différencier de sa voisine qui achète elle aussi Ariel en s'impliquant dans Ariel Perle plutôt que dans Ariel liquide. Face à cela, l'UMP tente le positionnement opposé : celui du rassemblement, de l'unité. De ce coté non plus il ne me semble pas qu'aucune stratégie géniale ait été découverte. On peut cependant noter que, prévoyant, J. Chirac s'était affiché dès 2002 au milieu de drapeaux algériens. L'autre élément stratégique important est là encore une poursuite de ce qui existait auparavant : la stratégie du panier de crabe. Pour empêcher leurs adversaires de gagner trop de voix, le PS comme l'UMP va essayer de jouer la division de l'autre camp, en favorisant la montée de ses extrémistes.
De nouveaux électeurs à conquérirIl y a cependant un fait démographique qui n'est passé inaperçu d'aucun des partis politiques : la montée en puissance des immigrés d'origine musulmane. Enfants de la politique de regroupement familial mise en place par Jacques Chirac en 1976, ils présentent des caractéristiques uniques, qui permettent de les considérer comme une cible en soi, que chacun essaiera de conquérir.
Comment les séduire ? Et bien, jusqu'à présent, tous les partis ont employé la même technique de vente : faire croire au prospect qu'il est unique [7]. Pour le parti au pouvoir, là encore cela a été facile : le PS a su distribuer l'argent des impôts de manière efficace, en créant des associations chargées d'insister sur leurs différences et de les rassembler tous dans le même groupe, distinct du reste de la population (bien sûr au nom de l'intégration). Une forte pression sur le système judiciaire a aussi permis de leur faire sentir qu'ils sont différents et supérieurs, aucune affaire d'escroquerie, de vol, de violence ou de trafic ne pouvant leur être reprochée, la faute étant nécessairement du coté de la société, c'est-à-dire du coté des faces de craie, forcément racistes et xénophobes. L'UMP reprend actuellement la même technique, en l'amplifiant : il ne s'agit plus seulement de leur donner des droits particuliers interdits aux non-musulmans (comme les projets de discrimination positive), mais aussi et surtout des les structurer officiellement en tant que communauté disposant d'une représentation nationale. On remarquera au passage que le critère retenu par tous a été l'Islam : les enfants d'immigrés maghrébins ne sont pas obligés d'être islamiques seulement par leur religion, mais aussi par le gouvernement français. L'extrême gauche elle aussi cherche à séduire cette population, et elle aussi a choisi la religion comme critère distinctif. Elle est cependant plus directe, moins ambigüe : elle s'adresse directement aux Islamistes, à qui elle offre sa tribune.
Au niveau pratique, cela nous donne :
SynthèseDans un espace marketing beaucoup trop complexe pour être exploitable dans un système majoritaire (3 dimensions, de multiples groupes), les politiciens privilégient pour l'instant la séduction d'une nouvelle clientèle : celle des Français d'immigration récente du Maghreb. Pour ce faire, ils la considèrent selon une seule de leurs caractéristiques (l'obligation religieuse) et agissent ainsi comme des alliés objectifs des extrêmistes musulmans. Une telle politique va bien sûr à l'encontre de la volonté de la majorité des Français (immigrés compris [11]), mais leur pari est que leur base électorale traditionnelle ne les lâchera pas, et que donc l'apport de ces nouvelles voix ne sera pas annulé par les départs [12]. Jusqu'à récemment, le FN était le seul poids politique d'envergure à lutter contre cette islamisation, et il a beaucoup bénéficié de la diabolisation imposée par la gauche (elle lui a permis d'éviter toute concurrence sur ce thème). Le FN a obtenu 20% des voix aux dernières présidentielles. Un autre mouvement est en train de se développer, qui prône globalement ce qui a marché dans les autres pays, à savoir le libéralisme économique, la liberté, et la justice. Contre tous les totalitarismes, ses défenseurs luttent contre l'islamisation galopante de la France. Ils inquiètent donc à la fois la gauche, qui va chercher à les associer au FN et les combattre sur le thème de l'anti-américanisme, la droite, qui va chercher à faire croire qu'elle les représente (notamment par une désastreuse baisse symbolique de l'impôt sur le revenu), et le FN. Ce dernier est certainement le parti qui a le plus à les craindre, parce qu'ils s'imposent sur un thème que le PS lui avait malheureusement réservé.
Politique fiction : l'avenirAu niveau économique, il ne fait aucun doute que seuls les libertariens proposent des solutions qui marchent. Or, comme ils inquiètent les apparatchiks en place, leurs propositions ne seront pas mises en place. En conséquence, le pays va continuer de s'écrouler économiquement, avec comme conséquences directes une fuite des plus riches, un apauvrissement des plus pauvres, et une réduction de la classe moyenne. Une telle évolution est propice à la montée des extrémismes, et un totalitarisme ou un autre finira par s'imposer en France. La vraie question est : lequel ? Demography is everything disent les chercheurs politiques américains. Alors ce sera l'Islamisme. De toute façon, les politiciens français font tout pour. ©Philippe Gouillou
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