Evolutionnisme et Société |
Termes de l'enquête : Vous (Homme ou Femme) avez décidé de recourir à l'insémination artificielle du sperme d'un donneur pour avoir un enfant. Vous devez choisir entre deux flacons mais la seule information que vous ayez sur les donneurs est que l'un d'entre eux est Ouvrier Spécialisé (OS), et l'autre Ingénieur. Bien sûr vous n'aurez jamais AUCUN contact avec le donneur (pas même de contact financier). Quel donneur (flacon) choisirez-vous :
Pourquoi ? (merci de préciser si vous êtes un homme ou une femme, votre âge et le nombre et l'âge de vos éventuels enfants) Analyse de l'enquête : Les caractéristiques principales de cette enquête étaient :
En d'autres termes l'enquête laissait croire que son sujet était l'intelligence qui aurait été purement déterminée par le niveau social du donneur et qui aurait été le critère ultime de jugement de la qualité de l'enfant résultant. Synthèse des réponses : Comme prévu, la majorité des personnes ayant réagi à cette enquête n'ont pas remarqué le piège de l'enfermement [1] et ont répondu au niveau primaire, uniquement affectif :
D'autres réponses plus élaborées ne remarquaient pas cet enfermement mais y répondaient de manière plus complète :
Les réponses les plus intéressantes reprenaient le dernier argument ci-dessus et y rajoutaient que le fait même d'avoir ce choix est perturbant. Plusieurs préfèrent s'en remettre au hasard (ce qui ne correspond pas à la réponse proposée "Indifférent") Et au global, tout le monde a répondu "indifférent" sauf une réponse OS ("plus viril") et deux réponses Ingénieur. Commentaires personnels : Bien évidemment je ne crois absolument pas que cette prédominance d'indifférent se retrouverait dans la réalité : soit l'échantillon est totalement biaisé dans ce sens, ce qui est possible, soit, comme on me l'a fait remarquer, les personnes ayant répondu Indifférent choisiraient en fait bien l'Ingénieur mais ne peuvent l'avouer pour ne pas choquer. Ceux qui s'intéressent à ce que 10.000 personnes de 37 cultures différentes ont répondu à des questions pas si éloignées liront avec intérêt Les stratégies de l'amour de David BUSS [3] ou pour un livre extrêmement complet Male Female de Dave GEARY [4]. Mais en fait le vrai problème n'est pas celui de choisir l'un ou l'autre, ou que telle ou telle caractéristique soit ou non transmissible génétiquement, mais la possibilité même du choix, comme l'ont remarqué plusieurs personnes. Dans la vie humaine telle qu'elle a existé jusqu'à très récemment chacun essayait de choisir le partenaire le mieux possible en fonction d'un très grand nombre de critères, les ressources et la réussite sociale de l'homme en étant un très important pour les femmes, mais pas le seul. En Occident où les mariages arrangés sont relativement rares on constate que le QI est un critère de choix très important puisqu'il présente la plus forte corrélation entre époux (0,40). Le fait est que, au moins en Occident, le fait de choisir un partenaire pour avoir des enfants ne se situait pas seulement au niveau de la recherche des meilleurs gènes, mais aussi à celui d'autres critères importants pour la vie commune. L'arrivée de la possibilité de fécondation in vitro ("fivette") avec sélection d'embryon a totalement détruit chez ceux qui y sont confronté ce lien entre la recherche de bons gènes et la recherche d'un(e) partenaire. Le choix d'un donneur (ou d'une donneuse) ne peut se situer qu'au niveau génétique : compatibilité avec le receveur (la receveuse) et autres qualités. Quels vont être les choix qui vont être privilégiés ? Quel va être l'impact de ces choix sur la société ? A la première question on peut facilement répondre. Il suffit d'observer le marché Internet des donneurs pour s'apercevoir qu'une grande blonde mince et jeune avec un PhD et un QI supérieur à 140 vaut plus cher qu'une autre femme présentant d'autres critères. Pour les hommes les diplômes, le QI et la taille sont aussi des critères à haute valeur marchande. La deuxième question est évidemment la plus grave, et ses réponses sont, encore, inconnues. Une seul chose est certaine : ce n'est pas en se mettant la tête dans le sable et en traitant de "Nazis" tous ceux qui se posent cette question qu'on évitera les dérives et les désastres. Philippe Gouillou Notes :
©Philippe Gouillou - 1997-2002 - http://www.evoweb.net - pg@evoweb.net |