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Guérilla (Obertone) : Le réel tuera la morale

©Philippe Gouillou - Dimanche 13 octobre 2019

Tags : France - Futurologie - Jihad - Politique - Propagande

Guérilla décrit le monde prédit par les survivalistes, alors que 1984 pourrait être celui rêvé par les politiciens, et Soumission le rêve des Frères Musulmans.


Obertone : Guerilla T1
Obertone, L. (2018). Guerilla - tome 1 Le jour où tout s’embrasa (Poche). La mécanique générale. ISBN : 979-1095776178. 400 p. (1e Ed. : 2016, Poche : 2018). 9,90 €

"Les moralistes ont tué les réalistes, le réel tuera la morale."

L'histoire se passe dans un futur très proche. Trois policiers se font attaquer par quelques "jeunes" (au sens journalistique), un est tué, leur chien aussi, la femme policière reste amorphe, alors le troisième tire, tuant tous les attaquants. La presse fait ce qu'elle sait faire : elle fait monter la mayonnaise en accablant la Police (sauf la femme), et la guerre commence. Il suffit de trois jours pour que le pays soit complètement détruit.

Sa thèse fondamentale est qu'il suffira d'un déclencheur pour que le pays sombre dans le chaos plutôt que poursuive son chemin islamo-gauchiste vers un mix de Vénézuela (effets du socialisme) et de Liban (effets des migrations).

Le livre raconte la chute rapide en suivant quelques personnages types : ceux qui croient vraiment au vivre ensemble, ceux qui n'y croient pas mais en vivent, ceux qui sont trop lâches pour réagir, celui qui attendait l'explosion et est prêt à agir, etc. Ce format le rend bien sûr un peu caricatural et exagéré (parfois presque autant que ma série Hypothèses). Mais d'un autre côté on peut remarquer que la réalité a déjà rattrapé l'exagération quand on compare cet extrait du livre où il cite le journal télévisé :

"Oui, il faut être très prudent. Comme toujours, on voit que ceux qui profitent de la situation pour déchaîner leur haine sont les extrémistes de droite, c’est-à-dire les terroristes. Tout incident du très-bien-vivre-ensemble est une victoire de l'extrême droite, et inversement."
Laurent Obertone (2018, p 67)1

à ce que vient réellement de déclarer la direction de l'information de France Télévisions pour justifier ses menaces de sanctions contre le journaliste Clément Weill-Raynal pour avoir dit la vérité plus tôt qu'elle le voulait (il avait été le premier à annoncer la conversion à l'islam de l'auteur de l'attentat de la Préfecture de Police de Paris2 et à évoquer "l'hypothèse de l'attentat islamiste") :

"Pour la direction de l'information : « Sur des sujets sensibles comme celui-ci, nous devons être très vigilants, il faut qu'on ait une maîtrise de l'antenne. L'information de service public se doit d'être exemplaire. »"
Le Point (11 octobre 2019)3

Guérilla illustre bien plusieurs points essentiels, dont :

  1. La société moderne, où la communication domine tout, est fragile (il suffit de détruire l'alimentation électrique pour que tout s'écroule immédiatement), ce qui implique :

    1. La guérilla ne suffit plus pour prendre le pouvoir qui ne tombera pas seul, il faut en plus reprendre le contrôle dans le chaos qu'elle a provoqué.
    2. Les stratégies basées sur la médiatisation et la peur (ex : celles des jihadistes) portent en elles leurs limites : quand l'électricité est coupée, il n'y a plus de communication possible.
  2. Dans cette société de la communication, la propagande ne pourra qu'aller toujours plus loin et impliquer de plus en plus de monde (politiciens, journalistes, enseignants, etc.) parce qu'elle sera de plus en plus nécessaire à la survie du système, alors même qu'elle s'oppose à sa résilience et précipitera sa chute.

  3. Il n'y a pas que les profiteurs cyniques qui répètent et amplifient la propagande, mais aussi certains qui y croient réellement au point de s'enfermer dans une dissonance cognitive qui leur sera fatale.

La page 4 de couverture de l'édition de poche cite France Info qui compare Guérilla à 1984 (Orwell) et Soumission (Houellebecq) mais il est leur opposé. Guérilla décrit une troisième voie possible, aussi éloignée de l'ordre absolu de 1984 que de la tranquilité de Soumission. Guérilla décrit le monde prédit par les survivalistes, alors que 1984 pourrait être celui rêvé par les politiciens, et Soumission le rêve des Frères Musulmans. L'hypothèse de Guérilla n'est pas la plus probable, mais il ne faut surtout pas la négliger.

Extraits

p 30 :1

Sur les réseaux sociaux, elle était une lanceuse d'alerte, dénonçait les populistes, faisait rager les fachos, avec beaucoup d'ironie et d'inspiration. Elle faisait aussi la promotion des régimes aux algues, de la vie sans télé, de la sauvegarde des océans. Elle mangeait avec les doigts, comme elle l'avait appris au contact des Touaregs. Elle adorait voyager, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie. Autour de son cou, le chèche réglementaire. Coiffure vaguement attachée, pas de maquillage. Elle ne voulait pas faire trop fille. Elle se laissait pousser les poils, pour se réapproprier son corps, échapper au diktat des hommes et au marché des cosmétiques.
Elle était un peu le cahier des charges de son époque, et elle était bien contente.

p 51 :

L'Union nationale, c'est une sorte d'état d'urgence de la pensée unique.

p 67 (Journal Télévisé) :

"À la convention des associations multiculturelles de France, en priésence du Crif, du Cran, du collectif Rom, de l'UOIF, de l'Union des métis de France, des Renois Represent et des Babtous fragiles, le Premier ministre, au terme d'un discours ovationné, a promis aux diverses composantes de la nation de leur réserver une attention à part entière, tout en réaffirmant le refus de la République de reconnaître les communautés."
(...)
"Oui, il faut être très prudent. Comme toujours, on voit que ceux qui profitent de la situation pour déchaîner leur haine sont les extrémistes de droite, c’est-à-dire les terroristes. Tout incident du très-bien-vivre-ensemble est une victoire de l'extrême droite, et inversement."

p 110 :

Ce que les Enarques appelaient entre eux "la stratégie de l'éponge" semblait trouver sa limite. Cette tactique consistait pour les pouvoirs publics, et leurs avatars culturels et associatifs, à "occuper l'occupant", selon le mot d'un ministre, c’est-à-dire à corrompre suffisamment la jeunesse pour s'épargner une révolte. Seule une éponge sèche pouvant prendre feu, il fallait donc la gorger de liquide, et plus précisément de liquidités.

p 111 :

Promettre et payer, voilà tout ce qu'un politicien sait faire. Et voilà que ça ne suffisait plus...

p 122 :

Dans le couloir, en larmes, Nadine appelait au secours.
Elle était un des meilleurs éléments de l'académie. La campagne "Le respect nik tout", taguée dans tous les lycées, était une idée à elle. Son projet, sa fierté.
Elle s'en voulait terriblement. Elle était au bout de sa mission. Elle leur avait consacré toute sa générosité... Elle les avait acceptés, tels qu'ils étaient, sans préjugés. Elle avait tout fait pour se montrer compréhensive, pour s'adapter à leurs grandes difficultés, et ils persistaient à dire "vous les Français".
Quel gâchis. Quelle tristesse...
Elle aurait donné n'importe quoi pour être acceptée par eux.

p 161 :

Le silence se fit, jusque dans la foule. Dans le monde d'avant, son inconscience aurait fait de lui un héros. Il ne fit que jouer jusqu'au bout son sinistre rôle. C'était de l'improvisation : l'emploi du temps d'un chef d'Etat moderne, un quart de réunions, un quart de communication, un quart de collations et un quart de fellations, ne comprenait pas la confrontation directe.

p 187 :

Un peu plus loin, les choses ne semblaient guère mieux se passer pour la ministre du Vivre-ensemble et du numérique, qui avait fait de sa priorité la lutte contre les préjugés liés au sexisme sans y amalgamer les jeunes de banlieue. Elle avait déjà perdu la plupart de ses vêtements.

p 250 :

Elle pensa à ce malheureux derrière la porte. Elle pensa à son attitude et elle eut honte : ça relevait du racisme primaire. Elle pensa aux infâmes Trois petits cochons, à l'agneau, à la mère-grand... Dans tous les vieux contes occidentaux, pétris de préjugés, il était "prudent" et "sûr" de ne pas ouvrir.
Elle méprisait tant ce monde d'avant...
Elle déverrouilla. En haut, en bas, au milieu.
La porte s'ouvrit. L'homme entra.
Il souriait.
A Paris, trente-mille autres femmes seront violées cette nuit.

p 373 (à propos des Allemands) :

Passer de "Heil Hitler" à "Refugees Welcome", faut le faire. N'empêche que le principe est toujours le même : nous occuper sans nous demander notre avis.

p 399 :

Les moralistes ont tué les réalistes, le réel tuera la morale.

Notes


  1. Les numéros de page correspondent à l'édition Poche de 2018, la première édition était parue en 2016 

  2. Wikipedia :

    "L'attentat de la préfecture de police de Paris est une attaque au couteau survenue le 3 octobre 2019 dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris. Outre le tueur, elle fait quatre morts (trois policiers et un agent administratif) et deux blessés parmi les employés de l'administration."

  3. Préfecture de police : un journaliste sanctionné pour avoir évoqué un attentat islamiste ? Anne-Laure Poisson. Le Point. Modifié le 11/10/2019 à 11:31 - Publié le 10/10/2019 à 17:13 

©Philippe Gouillou - Dimanche 13 octobre 2019


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Citation de cette page :

Gouillou, Philippe (2013) : "Guérilla (Obertone) : Le réel tuera la morale". Evoweb. Dimanche 13 octobre 2019. http://www.evoweb.net/blog2/20191013-obertone-guerilla.htm
[Guérilla (Obertone) : Le réel tuera la morale](http://www.evoweb.net/blog2/20191013-obertone-guerilla.htm "Evoweb : Guérilla (Obertone) : Le réel tuera la morale (Dimanche 13 octobre 2019)"). Gouillou, Philippe. *Evoweb*. Dimanche 13 octobre 2019