^

Hypothèse 33 : un remplaçant pour les radars

©Philippe Gouillou - Samedi 31 août 2019

Tags : AnarchoTyrannie - France - Hypothèses - Politique

Un tout petit sacrifice de la vie privée.


center

— Monsieur le Président, j'ai la solution pour la destruction des radars, on n'en aura plus besoin.

— Comment ça ?

— C'est une solution logicielle. Tout le monde a un smartphone dans la poche, lequel dispose d'un GPS et d'un gyroscope. La société française qui fabrique les radars a développé un logiciel qui trace en permanence le smartphone, calcule sa vitesse et vérifie qu'elle est autorisée à cet endroit, et alerte directement le centre des PV de Rennes de tout dépassement, même d'un kilomètre par heure. C'est comme le "disque" des camions, mais en version 2.0, tout automatisé. On peut donc supprimer les radars, on n'en a plus besoin.

— Vous êtes sûr que c'est fiable ? Tout le monde n'a pas de smartphone sur lui, en plus chacun pourra le laisser chez lui, ou le mettre en mode avion, ou dire qu'il n'a plus de batterie.

— Pour la fiabilité, oui, les tests ont montré que c'est plus précis que les radars, lesquels sont assez aléatoires pour les deux roues et les véhicules ayant une forme non standard. Il n'y aura plus besoin de laisser 5 ou 10 km/h de sécurité, on pourra verbaliser dès le premier km/h.
Et sinon c'est facile : de même qu'on a obligé tous les utilisateurs de deux roues à porter des gants, on peut obliger tous ceux qui conduisent à avoir un smartphone avec le système activé et suffisamment de batterie lors de tout déplacement. De plus on pourra suivre : si quelqu'un ne se déplace pas pendant quelques temps, ou qu'il y a des incohérences de géolocalisation, le logiciel enverra une alerte et on pourra vite deviner qu'il truande, la Police pourra enquêter.

— La CNIL ne voudra jamais, ils vont dire que c'est Big Brother !

— Nous y avons pensé, en effet, mais ce ne sera pas un problème. Tout d'abord les avis de la CNIL ne sont que consultatifs, vous pourrez passer outre. Et surtout on peut rappeler à la CNIL que l'enjeu de plusieurs milliers de morts par an sur les routes vaut bien un tout petit sacrifice de la vie privée, ils ont déjà accepté les radars Mesta, ils accepteront ce logiciel.

— Combien ça coûte ?

— C'est là l'autre grand avantage : ce sont les utilisateurs qui paient tous les frais.

— Mais comment pourrons-nous détecter qui est le conducteur ? Si trois personnes sont dans une voiture, toutes les trois risquent de recevoir une amende !

— Oui, tout à fait, il faudra changer un peu la loi afin qu'elle considère toutes les personnes dans un véhicule en infraction comme coupables de celle-ci : cela permettra de responsabiliser tout le monde puisque chacun aura l'obligation de convaincre le conducteur de respecter les limitations, c'est excellent pour la sécurité routière.

— Quelles sont ses limites ?

— Elles sont liées à l'utilisation du smartphone, on ne peut pas voir le conducteur, on ne sait pas s'il a sa ceinture, s'il fume, s'il boit, si ses deux mains sont bien sur le volant, si son regard quitte la route, s'il s'endort, s'il a l'air négatif ou déprimé, etc. Pour cela, il faudra imposer l'achat d'une dashcam avec eye-tracking qui sera connectée au smartphone et détectera automatiquement toutes les infractions possibles et imaginables, mais ce n'est pas encore prêt. Nous avons aussi pensé rajouter au logiciel un système d'analyse de conversation, pour détecter celles qui indiqueraient des opinions proscrites, mais bien sûr celui-ci ne serait pas annoncé au début. Autre évolution en cours de développement : que l'amende soit prélevée immédiatement sur la carte bancaire du coupable, ça nous permettra d'économiser les frais de Rennes.

— Combien de temps pour tout mettre en place ?

— Pour la première phase, le logiciel est prêt, et l'intégration avec l'informatique du centre de Rennes ne prendra pas longtemps, deux mois tout au plus. Nous prévoyons une campagne de communication d'au moins six mois auxquels il faut rajouter le temps de l'appel d'offre de l'agence, même si nous avons déjà choisi celle-ci. Pour l'évolution de la loi, nous avons préparé un ammendement qui sera inséré dans la prochaine loi de programmation budgétaire, prévue passer au Parlement juste avant les vacances d'été. Donc si vous prenez rapidement votre décision, on peut compter entre neuf mois et un an en tout, tout sera donc en place suffisamment longtemps avant les élections. Pour les évolutions, il faut compter environ six mois de plus, et pour la dashcam au moins un an, la détection des sentiments a pris du retard.

— Et comment allez-vous le faire accepter ?

— C'est tout simple. Toutes les campagnes à ce jour mettent en avant la sécurité, qui est un besoin fondamental humain. C'est bien, mais la sécurité s'inscrit dans un besoin encore plus fondamental : le contrôle. On va donc communiquer sur le fait que ce système augmente le contrôle qu'a la personne sur ses déplacements. Par exemple le logiciel émettra un bip toutes les minutes qui rappellera au conducteur qu'il est surveillé, on associera ce son particulier à une émotion positive.

— Vous y croyez vraiment ?

— Oui, il n'y a vraiment aucun risque. Regardez toutes les applications de santé qui tracent jusqu'aux nombres de marches d'escalier montées dans une journée. Peut-on imaginer plus intrusif ? Eh bien énormément paient très cher pour être encore plus surveillés. Nous mettrons des fonctionnalités similaires dans le logiciel, et tout le monde voudra l'avoir. Non seulement ce sera plus efficace que les radars, mais ça supprimera toutes les réactions négatives contre la surveillance permanente, c'est idéal.

— Bien, vous avez mon accord, inscrivez-le à l'ordre du jour du prochain Conseil. Et surtout lancez des recherches sur le système de contrôle des opinions dont vous parliez. Il ne suffit pas de savoir que quelqu'un pense mal, il faut lui changer ses idées. On ne pourrait pas le connecter directement aux algorithmes de Facebook et de Google pour qu'ils incitent la personne à bien voter ?

©Philippe Gouillou - Samedi 31 août 2019


Hypothèses










































Citation de cette page :

Gouillou, Philippe (2013) : "Hypothèse 33 : un remplaçant pour les radars". Evoweb. Samedi 31 août 2019. http://www.evoweb.net/blog2/20190831-hypothese-33.htm
[Hypothèse 33 : un remplaçant pour les radars](http://www.evoweb.net/blog2/20190831-hypothese-33.htm "Evoweb : Hypothèse 33 : un remplaçant pour les radars (Samedi 31 août 2019)"). Gouillou, Philippe. *Evoweb*. Samedi 31 août 2019