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Le vrai marché de la pauvreté

Philippe Gouillou - Dimanche 14 février 2016

Tags : Economie - Politique

On affirme souvent que l'objectif de la solidarité est que plus de la moitié des votants soient dépendants des subventions que vous contrôlez, ce qui vous assure d'être réélu. C'est vrai, mais ce n'est pas que cela. La "solidarité" permet la création et l'exploitation d'une classe intermédiaire (une nouvelle "classe moyenne") qui sera pressurée pour payer les acteurs de la solidarité. C'est cette nouvelle classe moyenne qui fait la fortune de toute une classe de métiers.


"Un privilégié est quelqu’un qui bénéficie d’un avantage payé par quelqu’un d’autre."
Jean-François Revel

Le terme "Solidarité" est un terme positif en soi : il exprime ce qu'il y a de meilleur en l'être humain. Son organisation au niveau d'une société entraîne cependant mécaniquement de nombreuses conséquences néfastes, dont le clientélisme, la destruction de la vie privée, et l'appauvrissement général.

Les trois côtés de la solidarité

Au niveau pratique, la mise en place d'un système de solidarité organisé nécessite de distinguer trois groupes :

  1. Ceux qui en bénéficient officiellement
  2. Ceux qui la paient
  3. Les intermédiaires qui l'organisent

Les intermédiaires sont dans une situation particulière : ils bénéficient directement du système de solidarité sans faire partie de ceux qu'elle vise.

Les deux pauvretés

Il est également nécessaire de distinguer deux niveaux de pauvreté :

  1. La grande pauvreté : Elle concerne tous ceux qui ne peuvent survivent que grâce aux subventions : aide au logement, allocations familiales, assurances chômages, etc.

  2. La semi-pauvreté : Elle concerne tous ceux qui sont en risque de basculement vers la très grande pauvreté. Ce sont des personnes qui vivent de leurs revenus propres (elles n'ont pas droit aux subventions) mais qui ne parviennent pas à régler toutes leurs factures dans les temps, et vont donc devoir payer des frais de retard, des frais de dossier, des intérêts de retard, des agios, etc. etc. qui pourront plus que doubler les factures d'origine.

Le principe de fonctionnement

Le principe est de faire basculer les seconds (en état de semi-pauvreté) dans le groupe des premiers (en grande pauvreté). La personne ciblée n'a que trois options :

  1. La ruine : Une fois la personne basculée en grande pauvreté, elle dépend totalement des organismes sociaux pour survivre.

  2. La réussite : Certains parviennent parfois à rembourser toutes leurs dettes et à s'extraire du piège.

  3. Le suicide : Il doit être le plus tardif possible.

Au niveau pratique, tout l'art est de déterminer jusqu'où accorder des délais de paiement (qui augmentent les frais).

Objectifs

  1. Financer le système : Quelle que soit l'option finale, les frais auront été énormes et auront fait (très bien) vivre de nombreux intermédiaires.
    On remarquera que la personne suicidée n'est plus susceptible de payer, mais qu'elle aura déjà beaucoup payé avant son acte (il est rare qu'elle se suicide au tout début du harcèlement), et qu'elle ne coûtera plus rien ensuite (au pire les organismes sociaux offriront des prestations de soutien psychologique à leurs agents pour leur éviter de se sentir perturbés).

  2. Justifier le système : Sans pauvres, le système n'a plus de raison d'être, et les intermédiaires n'ont plus autant de revenus. Tout doit donc être fait pour que les pauvres ne puissent jamais sortir de leur situation : le montant des aides (et les contraintes pour les obtenir) doit être tel que les personnes ne pourront jamais (sauf cas très exceptionnels) en sortir.

Faiblesses

La première faiblesse du système est que les personnes ciblées pourraient décider de ne rien payer dès le début du processus. Aussi la carotte et le bâton sont là pour l'y forcer :

  1. L'espoir de s'en sortir : Une forte propagande mettra en avant les (rares) personnes ayant réussi à sortir de l'engrenage afin de retarder les suicides.

  2. La force : Les huissiers ont toute la force de la loi pour prélever ou saisir directement de quoi se faire payer, sans que la personne ciblée puisse se défendre.

Sa faiblesse la plus importante est sur le long terme : le système provoque un appauvrissement général, ce qui signifie qu'au bout d'un moment il n'y aura plus de classe moyenne à pressurer, donc plus d'aide à verser aux plus pauvres, or ces derniers risquent de se révolter...

Liens

Crédit

Photo : Didier Baertschiger.


Citation de cette page :

Gouillou, Philippe (2016) : "Le vrai marché de la pauvreté". Evoweb. Dimanche 14 février 2016. <http://www.evoweb.net/blog2/20160214-pauvrete.htm>
[Le vrai marché de la pauvreté](http://www.evoweb.net/blog2/20160214-pauvrete.htm). Gouillou, Philippe. _Evoweb_. Dimanche 14 février 2016